Le hic parfois dans certaines relations, c'est quand tout se passe tellement naturellement, avec une telle aisance, une telle évidence, qu'on en vient à envisager l'autre ou à être envisagé par l'autre comme son-sa propre frère-sœur.
On veut tellement paraitre cool, décontracté, dans le vent, le genre de personne qui ne se prend pas la tête, qui vit sa jeunesse à la mode " carpe diem", on ne veut tellement pas l'effrayer avec nos désirs de grand Amour, nos rêves de robe blanche, nos envies de bambins, on ne veut tellement pas le faire fuir en étant trop précipitée, trop enflammée, trop amoureuse... Qu'on s'enlise, qu'on s'englue, qu'on s'enferre dans le rôle de la bonne amie-du bon ami.
Ce super pote à qui on dit tout, ou qui nous dit tout, même nos attirances pour d'autres personnes que lui, nos fantasmes et nos peines de cœur... Mais avec qui on finit invariablement par dire ou entendre... "Heureusement que toi tu es là, tu es vraiment mon-ma meilleur(e) ami."
C'est très dur d'occuper cette place bâtarde, très dur ensuite d'en sortir. Que se soit par peur de vivre sans l'autre, par peur de le perdre, par peur de non réciprocité.
Le-la meilleur(e) pote, la place la plus sécurisante mais la plus insuffisante, la plus frustrante, si d'un coté ou de l'autre il y a plus.
Si je vous parle de tout ça, c'est parce que la question se pose à chaque nouvelle rencontre, à chaque nouveaux coups de cœur, à chaque fois qu'une personne rencontre le regard d'une autre.
On ne peut pas s'en empêcher, on ne peut pas contrôler la façon dont une personne va nous faire réagir, rougir, faire accélérer notre poul et saccader notre respiration.
Certains la croise tôt cette sorte d'âme sœur, d'autres l'attendront toute leur vie, d'autres se trompent des dizaines de fois avant de donner enfin la bonne réponse, d'autres se mentent une vie durant ou presque, d'autres gâchent tout, d'autres en rencontrent deux en même temps et se torturent à devoir faire un choix impossible.
Il y a tellement de parcours différents et pourtant chacun y va de son expérience personnelle pour conseiller l'autre au mieux.
Je suis une grande sœur mais ma cadette ne l'est que sur les papiers officiels, au niveau maturité, comportement mère-poule, stabilité et solidité, elle est bien plus fiable que moi. Du coup, elle a déjà sa vie toute tracée avec son amoureux, sa carrière professionnelle et tout le tralala.
Je ne suis donc pas la mieux placée pour conseiller ma benjamine. En effet elle a le choix entre une grande sœur qui a trouvé sa voie et son homme et une autre qui est plutôt paumée et qui tente tant bien que mal de garder le Nord.
Cependant, je crois que la benjamine est aussi un peu perdue à ses heures et erre un peu dans les rues de la capitale parfois. Alors, même si je ne suis pas un exemple en la matière, même si je suis loin d'elle, même si je ne donne pas beaucoup de nouvelles, je tiens à jouer mon rôle d'ainée.
Et mon dernier conseil sera des plus banals mais tellement vrai...
" Tu es la seule à savoir ce dont tu es capable, ce que tu vaux et ce que tu veux. Ne laisse personne te dire que tu n'as pas ta chance, que tu dois abandonner. Et surtout, ne tombe pas dans le piège de l'amour-amitié, ne deviens pas sa meilleure amie si toi tu as un béguin... Tente le coup."
Bon, ça n'est pas très "irish" tout ça j'ai envie de dire, mais c'est universel. Quand on part aussi loin, aussi longtemps, on a, à la fois, l'impression de vivre des moments extraordinaires ici mais aussi d'en manquer beaucoup trop ailleurs.
Mais pour finir sur une note plus "irish", j'ai rattrapé mon erreur avec mon Irlandais d'Eamon, parce que j'ai aussi de bons cotés même si certains par leurs commentaires s'acharnent à me faire passer pour un monstre. Et alors que j'écris je réalise que cela fait plus d'un mois... Inimaginable.