lundi 1 mars 2010

151- C'est mathématique

Certains auront cru que je sombrais dans la plus profonde des pintes de bières, d'autres se seront imaginé que je me faisais enlever par une bande de leprechauns, d'autres encore auront parié que j'avais finalement renoncé à toute connexion Internet et donc à rédiger mon blog pour aller élever des montons dans le Connemara... Mais la réalité est bien pire, bien plus terrible et odieusement plus hideuse que toutes ces hypothèses, en effet, j'ai eu 23 ans...

La sanction est tombée tel un couperet, froide, glaciale, imparable, je suis désormais plus proche de la trentaine que de mes quinze ans.

Et pourtant, j'ai l'impression qu'hier encore, je faisais ma rentrée au lycée Albert-Thomas, un foulard enrubanné autour de la tête, des tas de bracelets clinquant à mes poignets, avec la certitude que j'entamais mes plus belles années... à raison, d'ailleurs.

Je n'ai pas vu les années passer, j'ai ignoré les signes avant-coureurs de ma sortie définitive de l'enfance... Se dégoter un petit job, avoir son propre appartement, conduire une voiture, tout cela semblait me rendre tellement plus libre, tout cela semblait prolonger ma jeunesse, l'amplifier, la rendre tellement plus intense.

Je n'ai pas remarqué les petits indices disséminés un peu partout... Faire ses comptes, renoncer à une soirée parce qu'on bosse le lendemain, les enfants qui commencent à vous appeler 'madame', les videurs qui ne vous demandent plus votre carte d'identité, tous ces changements infimes mais irréversibles qui vous amènent de manière inéluctable vers l'age adulte.

Cependant, je me sens encore si loin de la sphère des adultes, ceux qui posent leurs congés et n'ont plus les vacances scolaires, ceux qui tous les mois remboursent un prêt, ceux qui s'interrogent sur le mariage, les enfants, leur retraite.

Comment dans les sept années à venir, vais-je pouvoir accomplir une telle révolution alors que j'ai si peu changé les huit précédentes ?

Bien sur, je ne suis plus l'adolescente acnéique du lycée, mais je suis encore moins la trentenaire, épouse et mère de famille épanouie, engagée en CDI, vivant à la campagne...

Attention, ne vous méprenez-pas sur le sens de mes propos, j'ai envie de tout ça, c'est une belle vie, et j'aimerais vraiment l'avoir en partie réalisée lorsque je passerai le cap de mes trente printemps, mais cela me semble encore si lointain...

Alors que mes quinze ans le sont plus... d'où l'électrochoc...

Il a donc fallu déjouer le sort, forcer la fatalité, prendre en main ce destin insaisissable... Et par-là, j'entends évidemment faire la fête plus que de raison.

A l'instar de certaines tribus ancestrales qui dansaient, en transe, toute la nuit autour du feu afin d'obtenir les faveurs de quelque esprit oublié depuis, nous avons veillé trois soirs de suite (autant que mes années de plus que la vingtaine) jusqu'à des heures tardives pour ralentir le temps, le retenir.

J'abandonnais donc mon quotidien, je me coupais de mon monde, le temps de ce rite initiatique, celui de l'abandon de l'enfance.

Alors effectivement, le monde ne s'est pas arrêté de tourner pour autant, les gens n'ont pas, l'espace d'un instant, cessé toute activité et retenu leur souffle, cet évènement est passé inaperçu et parait bien dérisoire au regard de l'actualité.

Mais ce qui n'est pas un grand pas pour l'humanité, peut être un bond de géant pour l'individu.

Je ne serai plus jamais une enfant.

3 commentaires:

  1. J'avais tellement pas entendu parlé de "ce cap des 23 ans" qu'à l'époque ou je les aient eu, j'ai vu aucune différence…

    L'âge, c'est avant tout dans la tête. Comme je le dis souvent : mon grand-père est plus jeune que ma mère (sa fille).

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  2. Lowje>> C'est vrai, tu as raison, tu es plein de sagesse, mais, quand même ça m'a remuée...

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  3. j'avais cru que la calculette etait partie aux oubliettes après le bac. Mais je vois qu après environ de 2 500 metres cube de sang pulsés par ton petit coeur, pres de 1800 rotations de la terre que tu as feté tes 23 ans dans la joie et le recul. vivre avec un mirroir sur son passé, c'est se prendre les pieds dans le tapis pour demain. vis et souris à demain et à deux mains aime ceux qui te sont précieux .
    machezal DAD

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