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dimanche 15 novembre 2009

124- La lyonnaise


L'étranger a tout un tas d'effets secondaires assez surprenants.

Tout d'abord, à l'étranger, tu es moins discret. Convaincu et intimement persuadé que la plupart des gens autour de toi ne comprennent pas un traitre mot de ce que tu dis, tu balances à voix haute et distincte tout ce qui te passe par la tete, sans plus de précautions.

Hors, nous ne sommes pas les seuls Français de Dublin, et d'autres que nous parcourent les rues de la ville. Ainsi, le "mec trop mignon de la gare" aura eu la joie et le plaisir de parfaitement comprendre la remarque et de nous narguer en passant devant nous en disant bien fort au téléphone "Ouais, t'inquiètes je suis là dans cinq minutes".

Ensuite, tu a une soudaine poussée de patriostisme, voire de chauvinisme. C'est plutot troublant de constater à quel point on est fier de ses racines, à quel point on se sent Français, à quel point on aime nos origines quand on est loin de chez nous.

En France, j'étais sans cesse hantée par le désir de partir, de voyager, de voir du pays, me sentant plus citoyenne du monde que Française. Meme si cette envie est toujours présente, elle s'est largement modérée, et surtout je sais désormais que peu importe où j'irai, je resterai Française.

Mais le plus étrange, c'est mon intéret soudain pour le sport. Moi qui aurais passé ma soirée à raler si on m'avait proposé de regarder un match de football en France, j'ai pourtant insisté pour qu'on aille voir le match France-Irlande dans un pub, regrettant presque de ne pas avoir de places dans le stade pour etre au coeur de l'ambiance.

Bon, je dois etre honnete et admettre que je n'ai pas eu une attention constante durant les 90 minutes de jeu. Mais quand meme, je me suis laissée prendre par l'atmosphère joyeuse et surtout l'envie de gagner.

D'ailleurs, nous avons gagné...

Bref, ailleurs, on n'est pas comme chez soi. Je sais pertinemment que de retour en France, il faudra presque me payer ou me menacer pour me faire assister à un match de foot, je sais qu'à peine rentrer, les projets se bousculeront au portillon quant à la prochaine destination et que je n'aurai de cesse de préparer un nouveau départ. Et j'espère que je récupérerai vite une certaine discrétion sous peine de m'attirer pas mal d'ennuis.

En tout cas, une chose est sure et certaine, quand je serai de retour en France je veux absolument m'arreter dans une boulangerie et acheter une vraie baguette fraiche que je dégusterai avec un plateau de fromage, avec plein de fromages de chèvres entre autres et aussi de la bonne charcuterie bien de chez nous comme du saucisson, des rillettes, du paté avec des cornichons. Qu'est-ce que les cornichons me manquent...

Et là, je viens de faire l'erreur fatale de parler de bouffe car je suis en train de saliver devant mon ordinateur, tout en sachant que rien de tout ça ne se trouve dans mes placards... Mais je reste positive, car je rentre pour les fetes en France, donc à moi le foie gras, les toasts de saumons, les plateaux de fruits de mer, les gratins dauphinois, et toutes ces merveilleuses traditions culinaires françaises.

Oui, rien que pour la nourriture, je resterai à tout jamais française... Vous n'imaginez pas une seule seconde ce que je serais prete à faire pour manger un cassoulet là tout de suite ou encore des quenelles, ou une raclette ou une tartiflette ou des fondues bourgignonnes et savoyardes ou juste un sandwich jambon-beurre.

Bref le message est clair je crois, je suis bel et bien Française, sans aucun doute possible.

mercredi 21 octobre 2009

112- Entrez dans Dublin

S'il s'agissait d'etre honnete à 100%, d'etre complètement objective, absolument neutre comme la Suisse, bref de faire abstraction de tout ce qui me pousse à aimer Dublin et à trouver que c'est une ville fantastique, je devrais admettre que les premières fois où je m'y suis baladée, j'ai trouvé ça plutot... GLAUQUE.

Ca y est, j'ai réussi, je l'ai dit... C'est assez difficile d'avouer sa propre déception face à la réalisation d'un projet qui nous tenait extremement à coeur, et surtout face aux gens pour qui notre départ a été un choix difficile à accepter. Mais qu'est-ce que ça soulage...

En effet, Dublin, comparée à Lyon, c'est une ville grise, à l'architecture plutot rudimentaire et pauvre, sans panache, sans devantures attrayantes, sans terrasses de cafés colorées et vivantes. Une sorte de ville fantome nageant dans le brouillard.

Brrrrrrrr

Mais il faut toujours creuser au-delà des apparences, et encore plus à Dublin. Là, où à Lyon, une vitrine attrayante peu déboucher sur un bistrot plutot minable et cher pour ce qu'il sert, c'est souvent le phénomène inverse ici.

Des pubs plutot moyens en apparence se révèlent etre des endroits luxueux, branchés et surtout ultra spacieux à l'intérieur, et plus précisément au sous-sol, "in the basement".

Comment expliquer l'effet de surprise si agréablement euphorique, quand au détour d'un escalier on se retrouve face à une immense pièce au plafond vouté soutenu par de grandes colonnes toutes recouvertes de mosaiques, et bondée de gens dansant et se trémoussant sur les Black eyes peas, I gotta feeling...

Le choc des cultures, le choc des climats. Habitués à la pluie, aux radées incessantes, au crachin permanent 10 mois sur 12, les Irlandais ont désertés les rues de leur ville pour aller se réfugier sous terre dans des endroits tous plus surprenants les uns que les autres.

Cette activité souterraine répandue dans tout Dublin explique et excuse largement l'absence de métro. Dublin est une ville cachée, camouflée, emmitouflée pour se protéger du froid et de l'humidité.

En plus de boire plus que de raison des bières plus fortes que la moyenne, ils se sont rassemblés dans des sous-sols chauds et les ont aménagés en repère festif et convivial et élégant et cossu.

Bref, à Dublin, il ne faut jamais hésiter à pousser la porte d'un pub, meme anodin au premier abord, et biensur oser descendre les escaliers, ou encore les monter jusqu'aux terrasses sur les toits si l'on veut se griller une cigarette.

Ma déception n'aura donc été que de courte durée et aura vite cédé la place à l'enchantement et l'ébahissement. Mais il faut le savoir, sinon, on a vite tendance à se dire que les gens ont fait une montagne d'un monticule et ont exagéré le coté fetard de Dublin.

Non, "A Dublin, tout se passe dedans", dixit Antoine, voilà tout.